À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, célébrée le 26 mars 2026, la Tunisie a réaffirmé une orientation claire, consistant à dépasser une logique de gestion de la pénurie pour s’inscrire dans une démarche fondée sur la gouvernance, la numérisation et l’innovation. À travers le lancement d’une plateforme numérique dédiée aux autorisations de forage et la valorisation d’initiatives agricoles économes en eau, le pays œuvre à redéfinir son rapport à une ressource devenue stratégique.
En Tunisie, l’eau n’est plus seulement une ressource : elle constitue désormais un enjeu stratégique

Le 26 mars 2026, le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a célébré la Journée mondiale de l’eau à travers une manifestation officielle organisée sous le slogan : « L’eau, source d’égalité ». Au-delà de la portée symbolique de cette célébration, cette rencontre a permis de mettre en évidence l’ampleur du défi hydrique auquel la Tunisie est désormais confrontée.
Le message central porté à cette occasion par le ministre de l’Agriculture est sans équivoque : l’eau ne peut plus être appréhendée comme une simple question technique. Dans un contexte marqué par une sécheresse prolongée, une augmentation de la demande et une accélération des effets du changement climatique, cette question revêt désormais une dimension stratégique, en lien avec la gouvernance, la résilience nationale et la capacité d’anticipation du pays. Le ministre a rappelé, à cet égard, que la politique tunisienne de l’eau s’inscrit dans le cadre des Objectifs de développement durable, notamment l’ODD 6, relatif à l’accès durable à l’eau et aux services d’assainissement.
Le discours officiel a également mis en exergue une autre réalité essentielle : la rareté de l’eau n’est pas neutre sur le plan social. Les femmes rurales figurent parmi les premières catégories touchées par cette crise, alors même qu’elles jouent un rôle fondamental dans la gestion, la préservation et l’usage quotidien de cette ressource. L’événement a ainsi clairement souligné cette dimension liée au genre, en la plaçant au cœur de l’analyse de la crise hydrique actuelle.
Chaque goutte compte désormais
La Tunisie a traversé une phase particulièrement sensible, marquée par neuf années de sécheresse et par le passage du changement climatique du statut de menace future à celui de réalité déjà installée. Dans ce nouveau contexte, la gestion de l’eau ne relève plus uniquement de l’administration des ressources, mais appelle un changement profond de culture politique et citoyenne.
La transformation attendue ne repose pas exclusivement sur des politiques publiques ou des outils techniques. Elle suppose également une évolution culturelle plus large, dans laquelle chaque goutte d’eau devient une responsabilité partagée entre l’État, les institutions et les citoyens. Il s’agit là d’une formulation forte, qui traduit l’esprit de la nouvelle doctrine : l’eau ne constitue plus un acquis, mais un enjeu d’arbitrage permanent.
Forages, autorisations, administration : la Tunisie mise sur la numérisation

Parmi les principales annonces faites à l’occasion de cette Journée mondiale de l’eau figure le lancement d’une nouvelle plateforme numérique consacrée à la gestion des ressources hydrauliques publiques. Présentée par Moez Sliti, directeur général de la cellule de gouvernance au ministère de l’Agriculture et coordinateur du projet « Gouvernance et gestion des risques de corruption dans le secteur de l’eau », cette plateforme a été conçue pour assurer la gestion des autorisations liées à la prospection des eaux souterraines, au forage des puits et à leur exploitation.
Cette initiative s’inscrit dans la dynamique de transformation numérique de l’État. Elle poursuit un double objectif : simplifier les procédures administratives tout en renforçant la gouvernance d’un secteur particulièrement sensible. La plateforme devra permettre de réduire les délais de traitement, qui passeraient d’une année à seulement 21 jours, tout en mettant en place une base de données unifiée, de nature à améliorer simultanément la transparence, l’efficacité administrative et la protection durable des ressources en eau.
Autre évolution notable : le système est entièrement numérisé et accessible à distance. Les demandeurs n’auront plus à se déplacer vers les services administratifs pour déposer leurs dossiers, lesquels pourront désormais être transmis par téléphone. Cette évolution marque un tournant important dans la relation entre l’administration, les usagers et la ressource hydrique.
Quand l’innovation émane du terrain : une agricultrice tunisienne expérimente l’irrigation par jarres

L’un des volets les plus marquants de cette manifestation a consisté en la mise en valeur d’initiatives portées par des femmes agricultrices. Parmi elles, Mounira Alaoui, agricultrice et porteuse d’un projet d’économie d’eau, a présenté une expérience innovante fondée sur la technique du « séqui bel jarra », ou irrigation par jarres. Il s’agit d’une première expérience de ce type à l’échelle de sa région.
Le système repose sur un réservoir d’eau d’une capacité de 1 300 litres, pouvant assurer l’irrigation de jusqu’à 100 arbres en 24 heures. Peu coûteuse et hautement efficace, cette méthode aurait permis de réduire la consommation d’eau jusqu’à 60 %. Dans un contexte où la sécheresse n’est plus l’exception mais tend à devenir la norme, ce type d’expérimentation locale démontre que l’innovation en matière hydrique ne se joue pas uniquement au niveau des ministères ou des plateformes numériques, mais également sur le terrain, au plus près des réalités agricoles.
Gouvernance de l’eau : la Tunisie entre dans l’ère des choix décisifs
Au terme de cette Journée mondiale de l’eau, un constat s’impose : la question de l’eau en Tunisie dépasse désormais largement le seul cadre environnemental. Elle devient un véritable test de gouvernance, de justice territoriale, d’efficacité administrative et de responsabilité collective. Alors que le pays entre dans une phase de rareté hydrique, chaque décision prise aujourd’hui aura un impact direct sur l’avenir.
Les initiatives présentées par le ministère de l’Agriculture dessinent ainsi les contours d’une nouvelle orientation : numériser les procédures, réduire les délais, renforcer la transparence et encourager les solutions concrètes issues du terrain.
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